Tristan Gommendy : « Il faut croire que le rêve américain existe ! »

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Tristan Gommendy, pilote ambassadeur d’EQUIP AUTO, revient sur sa carrière de pilote et sur les voitures qu’il a eu la chance de piloter !

"Bonjour Tristan ! Nous sommes ravis de pouvoir t’interviewer, même si cela se fait à distance et non en face à face. Peux-tu nous dire depuis combien d’années tu cours sur les circuits et quel a été le déclencheur de ta passion ?"

"J’ai débuté le sport auto en 1998 avec quelques courses de Formule Ford.

L’évènement déclencheur de ma passion, ce fut l’édition 1988 des 24 Heures du Mans. J’avais 8 ans et mon père m’a emmené voir cette course pour la première fois. Ma famille étant d’origine Tourangelle, elle allait régulièrement voir l’épreuve. Je ne savais pas à quoi m’attendre car je n’avais jamais vu une course automobile autrement qu’à la télévision. Je me souviens très clairement que nous étions dans les tribunes au-dessus des stands au moment du départ. Les voitures sont arrivées dans les chicanes Ford puis au raccordement. Il y avait une ambiance solennelle sur le circuit, les gens étaient comme hypnotisés.  Je ne comprenais pas pourquoi, c’était très impressionnant.

Lorsque le peloton de 55 voitures mené par les prototypes Porches est passé plein gaz dans la ligne droite des stands, cela a libéré un vacarme et une puissance incroyable. Cette émotion ne m’a jamais quittée. Je suis reparti du circuit dans la soirée avec un rêve encore secret solidement ancré dans ma tête : piloter aux 24H du Mans !

Pour l’anecdote, c’est l’un des vainqueurs de cette édition 1988, Jan Lammers (qui pilotait avec Andy Wallace et Johnny Dumfries la Jaguar), qui m'a offert l'opportunité de participer à mes premières 24 Heures du Mans sur le constructeur japonais Dome, 15 plus tard."

 

"As-tu eu un job avant cette vocation ? Faut-il avoir une connaissance mécanique/technique pour mieux comprendre et gérer sa voiture ?"

"Lorsque j’ai débuté le sport automobile, j’étais encore lycéen en filière scientifique donc je n’avais aucune véritable notion de mécanique à part celle d’un karting. Il est très important de comprendre le fonctionnement d’une auto de course si l’on veut être capable de collaborer intelligemment avec ses ingénieurs.

Je me souviens avoir demandé à mon père de ressortir ses cours d’école d’ingénieur pour m’expliquer comment fonctionnait le différentiel d’une boite de vitesse et les amortisseurs."

 

"Quelles sont les conséquences de la situation particulière que nous connaissons aujourd’hui sur le championnat ?"

"Pour cette année 2020 l’impact sera relativement faible, selon moi Evidement le sport automobile est aussi un spectacle et de ce point de vue les répercussions sont plus importantes avec de grosses modifications du calendrier et les règles sanitaires extrêmement strictes. Nous comprenons tous que nous vivons une époque très « Darwinienne ». Ceux qui résisteront à cette période seront ceux qui s’adapteront le mieux à cette mutation économique et environnementale."

"Quelles sont les différentes voitures que tu as eu la chance de piloter ?"

"Je ne pourrais pas me rappeler de toutes les nombreuses voitures de compétition que j’ai pilotées au cours de ces 20 dernières années. Cependant, certaines furent marquantes pour moi.

La Dallara Formule 3, par exemple, qui était une monoplace d’une agilité et d’une précision incroyable. Le prototype LMP1 Dome aux 24H du Mans, un V8 Ford Cosworth de 800ch, une voiture très équilibrée, un pur bonheur à piloter. C’est avec elle que j’ai passé la première fois les 300 km/h. Nous étions les plus rapide en ligne droite devant les Audi avec 347km/h au freinage des Hunaudières.

Et enfin je citerais la monoplace Panos en championnat ChampCar Américain avec son moteur, également Cosworth V8 Turbo de 850ch pour 720 kilos. La combinaison du chassis et du grip des pneumatiques faisait de cette voiture un monstre parfois très brutal. Des sensations encore plus fortes que lorsque j’ai roulé dans la Williams F1. Cette monoplace n’avait aucune assistance au pilotage, magique !"

 

*"Une excellente voiture n’est pas grand-chose sans un bon pilote ! Quels sont ceux que tu admires le plus (toutes générations confondues) ?"

"Je dirais dans l’ordre chronologique :

  • Jacky Stewart, qui symbolise tout une époque des années 60-70 quand la F1 était très anglaise.
  • Niki Lauda, également trois titres de champion du monde, mais surtout j’admire le courage et l’abnégation dont il a fait preuve après son grave accident.
  • Évidement Ayrton Senna pour sa recherche de la perfection et de la performance absolue.
  • Et enfin Lewis Hamilton, qui à mon sens est le pilote le plus complet avec un niveau de pilotage et une maitrise de la course inégalé depuis ces 20 ou 30 dernières années. Il ne faut jamais comparer les époques en Formule 1 mais Lewis sera probablement la référence pour plusieurs décennies comme le fut Fangio." 

 

"Peux-tu nous partager une anecdote que tu aurais vécu dans ta carrière ?"

"Vous pouvez vous doutez que dans une carrière de pilote, les situations étonnantes sont assez courantes ! Bonnes et mauvaises d’ailleurs…

Durant l’hiver 2006, après une saison prometteuse à me battre pour le titre contre Robert Kubika en WorldSeries Renault, l’équipe Williams F1 me contacte pour me proposer un contrat de pilote essayeur. Je devais remplacer Nico Rosberg qui venait de passer titulaire en Grand Prix. Franck Williams et son équipe me placent dans une équipe en Formule 2, une décision tardive. Malgré ça, le début de saison est encore prometteur, avec la 1ère qualification de la saison en première ligne devant Lewis Hamilton.

Malheureusement, les difficultés financières de Williams F1 nous ont obligé à stopper la saison très rapidement. Déçu de ne pas avoir pu aller plus loin avec moi, Franck Williams m’arrange un test en ChampCar aux Etats Unis dans la team PKV Racing. Ce test était une journée officielle, tout juste un mois avant la première épreuve à Las Vegas. Il était prévu initialement une quinzaine de tours sur le circuit Laguna Seca. C’était très peu mais une opportunité inespérée de piloter dans l’un des plus beaux championnats au monde. On m’avait prévenu que tous les teams étaient complètes donc il n’y avait pas de véritables enjeux. Je m’y rends donc seul : je ne connaissais ni le circuit, ni la voiture, ni la team. Dans la matinée du jour J, à la fin de mes 15 tours, je commence à ranger mon sac et préparer mon retour en France. Vers midi, le team manager m’interpelle et me demande de continuer les essais l’après-midi. Je ne pose aucune question et me voilà reparti dans l’auto. Conscient de la chance qui m’était donnée, je suis resté extrêmement concentré avec la ferme intention de prendre un maximum de plaisir. A la fin de cette journée, j’étais très honnêtement épuisé comme jamais auparavant !

La seule personne avec laquelle j’avais discuté était mon ingénieur. Le niveau de performance du plateau était impressionnant mais j’étais assez satisfait de mes chronos. Vers 18H30, je m’apprêtais à dire au revoir au team quand à nouveau le team Manager vient me voir et me tend une feuille en me disant : « Il y a une conférence de presse à 19h, tout ce que tu as à faire et à dire est écrit ici. A tout de suite mon pote... ». En regardant cette feuille, je pouvais y lire sur la partie qui me concernait :

Gommendy speech: “ It’s a great opportunity for me to take part of this new challenge with PKV Racing and I’m looking forward our next race at Las Vegas!”*

La situation était vraiment lunaire, invraisemblable. J’ai tenté de joindre Williams, mon père ou tout autre personne capable de m’expliquer la situation mais en vain probablement à cause du décalage horaire. J’ai donc à nouveau préféré ne poser aucune question et à la fin de cette conférence j’étais officialisé pilote PKV Racing en ChampCar sans même en avoir discuté au préalable avec le Team aussi incroyable que cela paraisse. Il faut croire que le rêve américain existe."

 

*« C’est une grande opportunité pour moi de participer à ce nouveau challenge avec PKV Racing, et je suis impatient de prendre le départ de la prochaine course à Las Vegas ! »

 

"Tu es soutenu par le salon EQUIP AUTO sur lequel tu étais présent en 2019, qu’as-tu pensé du salon ? Quelles ont été les réactions des visiteurs et exposants de voir ta voiture de course sur le salon ?"

"J’ai découvert un salon très professionnel dans son organisation, avec une grande diversité de produits et de services présentés, expliqués et valorisés. Une place importante était donnée à la mobilité et aux technologies qui favorisent l’environnement ce qui représente probablement l’avenir de nos métiers.

 Avoir EQUIP AUTO en partenaire permet de faire le pont entre la performance et la technologie sur circuit et celle développées par les équipementiers et constructeurs sur route. Le choix des partenaires c’est comme une compétition à haut niveau : on n’arrive pas aux 24h du Mans sans avoir au préalable étudié le set up de la voiture. Ce choix des partenaires est donc clé pour gagner il faut prendre le temps de collaborer avec les différents experts. Le parallèle est évident et se doit d’être montré. 

Lors de la dernière édition, ma voiture était exposée, beaucoup de visiteurs très sympathiques et curieux sont venus découvrir ce proto LMP2, qui était sur le podium des 24Heures du Mans. Bon nombre d’entre eux d’ailleurs avaient suivi l’édition et reconnaissaient le Proto et moi-même ; ça fait très plaisir."

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